Colette Biquand née en octobre 1936

Dès le début des années 60, Colette Biquand fut attirée par les arts graphiques et plastiques. Dans un premier temps, elle prit des cours de dessin somme toute très académique dans une école près du Trocadéro à Paris.

Elle rejoignit ensuite à Paris l'atelier d'Annie Martin, femme du célèbre sculpteur Etienne Martin. Cet atelier dépendait de l'Union Française des Arts décoratifs, on y enseignait le tournage et le travail de la faïence.

Rapidement conquise par ce matériau, assidue aux cours, et avide de connaissances nouvelles, Colette choisit sur les indications d'Annie Martin de suivre durant deux stages d'été, en 1963 et 1964, une initiation au grès. Ce fut au château de Ratilly, chez Norbert et Jeanne Pierlot, où tant de stagiaires ont expérimenté cette magnifique rencontre avec la terre. C'est là qu'elle découvrit le grès et choisit ses « maîtres ». Ce lieu et cette famille, furent pour Colette comme un phare, un endroit d'exceptionnelles rencontres, mais aussi un refuge dans les moments difficiles. Pendant une dizaine d'années elle y enseigna le tournage et la théorie des émaux.

Parallèlement à sa vocation céramique et cela tout au long de son parcours, Colette exerça un travail de chercheur et de photographe, principalement pour le compte du CNRS. Dans un premier temps, après l'obtention du diplôme d'étude supérieure en géologie (1957 à la Sorbonne), elle travailla à la Faculté des Sciences d'Orsay puis, dans les années 80, à Orléans dans un laboratoire de Recherches et d'Histoire des Textes (IRHT) pour terminer sa carrière professionnelle au Centre Géophysique de Garchy jusqu'au démantèlement du site en 1999.

A l'école E. Manet de Gennevilliers, Colette créera de 1970 à 1980 un « atelier grès » pour le tournage, les émaillages et les cuissons (raku, enfumages). Elle s'y installera « un petit coin personnel » où elle travaillera et cuira ses propres pièces ; utilitaires et objets uniques.

A Ratilly, les mois d'été, accompagnée de Nathalie Pierlot et d'autres moniteurs (Olivier Giroud, Christine Vialet...) elle prenait en charge un groupe de stagiaires, leur enseignait tournage et recherche sur les émaux (1970 / 1980) à l'ombre des murs épais du superbe château féodal.

Forte d'une sérieuse formation professionnelle, elle désire alors créer son propre atelier. Ce sera dans un village à côté de Gournay en Bray qu'elle s'installera avec ses deux enfants. Une courte pose de cinq ans avant qu'un incendie ravageur ne vienne contrecarrer ses projets ! Ce sinistre l'obligera à venir dans l'Yonne auprès de Fabrice et Nathalie Pierlot qui l'hébergeront volontiers plus de six mois avec beaucoup de générosité. Situation provisoire, avec laquelle il faudra rebondir! Sans argent, elle ne se décourage pas et finit par dénicher une étable, quatre murs et un toit au hameau « Les Lacs » sur la commune de Colméry (Nièvre). Avec ténacité, avec aussi parfois des moments de découragement, elle créera en ce lieu, une à une, des pièces sculpturales dont émane un parfum tout droit offert du plus profond de son être.

Tous ces composants s'imbriquent, se superposent, se lient entre eux ; pêle-mêle : La photographie, la géologie, le dessin, la céramique, l'archéologie, l'enseignement, l'écriture (premier écrit « Au fil de l'Argile - carnet de bord » 2007, deuxième écrit: « Passion Terre » paru en août 2012), la lecture forgeront une grande et belle oeuvre.

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La démarche

Comme pas mal de potiers à leurs débuts, ses premiers pas en céramique furent consacrés à la fabrication de pièces utilitaires ou de pièces uniques en grès émaillé. Même si cette production fut délaissée au profit de pièces sculpturales, elle ne fut jamais totalement abandonnée. Comme par magie, le travail au tour suscitera toujours chez Colette un plaisir certain.

C'est une « chercheuse », elle s'interroge souvent ; comment se situer dans la grande famille des créateurs ? Comment mettre en évidence l'essence même des choses ? Comment l'exprimer face au temps qui passe, à l'inexorable usure de la matière ?

De nombreux repères laisseront des traces indélébiles dans son imaginaire ;

Une autre citation de son livre : « Je confie mes pièces à la flamme vive, aux braises des feux ouverts ; elles éclatent souvent, la cassure incandescente ouvre des portes à mon imaginaire. A l'instar des archéologues, il m'arrive de « reconstituer » des pièces à partir des morceaux ! Cette transgression des canons de la céramique ajoutée à l'histoire imprévue semble à l'image du passage du temps qui détériore toute chose ».

Ce voyage dans le temps la passionne ; en fait, c'est la vie qui s'écoule. Mais comment l'exprimer, sinon par une représentation de ses conséquences ? Des empreintes, des fissures, l'usure, la dégradation due aux siècles. Sa technique même d'enfumage participe largement à parfaire ses choix.

Colette apporte quelques réponses qui aussitôt nous conduisent à des questions ; nous qui sommes tellement accoutumés au « beau », à la recherche de l'esthétique ; ces interrogations, qui sont toujours pour elle, la quête de l'essentiel, du souffle impalpable, d'un but jamais atteint.

Texte B. Nesly d'après le témoignage de Colette Biquand, 2012. Toute représentation ou reproduction interdite sans autorisation de l’auteur.