EUGENE LION (1867-1945)
Descendant d’une dynastie potière dont l’origine remonte au milieu du XVIIe siècle. En 1875 ses parents achètent une fabrique au lieu-dit La Forge, route de Cosne à St-Amand-en-Puisaye. Perpétuant une tradition ancestrale, il assure son destin de potier. Alors âgé d’une vingtaine d’années, Eugène Lion découvre les possibilités artistiques offertes par la poterie de grès, activité qu’il fait sienne et développe au sein de l’entreprise familiale.
Son inspiration, nourrie du contact avec Jean Carriès, mêle avec bonheur les répertoires Poyaudin et extrême-oriental. Il exécute toute la gamme des céramiques propres au style du groupe : vases à la spiritualité japonaise, pots à poussière de thé, gourdes bilobées affectant une courge. Pour les bouteilles, tournées en toutes dimensions, Eugène Lion conjugue inspiration asiatique et tradition locale lorsqu’il confectionne de petites pièces voisines du flacon à l’encre. Cette dernière source lui suggère également des coupes proches des calottes de Puisaye, des pichets à lait et brocs à cidre, des toulons à l’anse asymétrique évoquant une racine, des cache pots dérivés du saloir et quelques chevrettes. De son œuvre ne sont pas absentes les créations végétales. Statuaire, Eugène Lion réalise en collaboration avec Pierre Pacton des bébés ressemblant à ceux de Jean Carriès. Ses poteries aux formes simples, de dimensions variées, nous révèlent la maîtrise atteinte dans l’art du tournage, de l’émaillage et de la cuisson.
Bien qu’il élabore un somptueux rouge de cuivre primé au concours Lépine de 1933, il est d’ailleurs le seul artiste du groupe à introduire le rouge dans sa palette, Eugène Lion semble absent des grandes manifestations nationales mais sa participation régulière, de 1923 à 1936, aux salons du Groupe d’émulation artistique du Nivernais lui assure de fidèles amateurs.
Didactique, lors de la visite de la poterie il n’hésite pas à réaliser une démonstration au tour. Il explique aux amateurs l’émaillage en montrant les saloirs remplis d’émaux liquides et la louche en étain pour les répandre, puis il termine par la cuisson qu’il qualifie « brutale » lorsqu’elle cuit terre et émaux dans le même feu, ou « délicate » s’il y a réalisation d’un dégourdi avant la fixation de la couverte. Soucieux de maintenir la tradition d’hospitalité de l’atelier, de 1921 à 1925 il cuit les pièces de François Guillaume, accueillant dès cette époque bon nombre d’élèves venus s’initier aux arts de la terre. De fin novembre 1938 à début mars 1939 il assure la formation de Jeanne Boutet de Monvel ; après guerre, accompagnée de son mari Norbert Pierlot, elle assura la relance artistique et culturelle de la céramique en Puisaye à Ratilly. D’esprit ouvert, Eugène Lion entretient d’agréables rapports avec Paul Jeanneney, William Lee, Pierre Pacton et Jean Pointu.
Seul potier traditionnel concerné par le mouvement, Eugène Lion synthétise parfaitement le rôle de l’artiste artisan dont, avec son ami Emile Grittel, il ne cessera de perpétuer l’esprit. Après 1945, créant des céramiques utilitaires à vocation décorative, Pierre Lion son fils, exploitera l’entreprise familiale jusque dans les années 1970.

Texte et photos extraits du catalogue du musée du grès ancien, à Premery : La Passion du grès L'école de Carriès de Patricia Monjaret et Marc Ducret ; coll. particulière ; et fasicule, "Ratilly au Musée des Art Décoratifs" 1976